« Un peu de mon corps est passé dans mon texte. » - Montaigne



L’activité d’écrivain est pulsion de mort, et l’écrivain est un être-pour-la-mort. On se dépouille soi-même pour créer d’autres soi-même, que ce soit de la littérature de fiction ou des idées.

Toute littérature est littérature de fiction, de friction. Le lecteur se frotte à l’auteur. Ce dernier doit le démanger. C’est comme dans la tectonique des plaques ; c’est le glissement entre une plaque supérieure et une plaque inférieure qui fait dériver les continents du lecteur et de l’auteur. Et l’on reconnaît que c’est puissant, quand cela donne lieu à des éruptions volcaniques ou des raz-de-marée dans la tête du lecteur.



Certes, le lecteur préfère parfois des mers calmes pour naviguer ; cela est plus propice aux rêves. Il choisira ainsi plutôt d’embarquer à bord de l’Hispaniola avec Jim Hawkins et aller à la recherche d’un trésor bien réel en espèces sonnantes et trébuchantes au lieu de grimper sur le Pequod du capitaine Achab en quête d’une obsession métaphysique.

Quant à l’auteur que je suis, j’invite le lecteur, je le contrains même, à un voyage cauchemardesque et je lui cris : Chassons-la cette maudite baleine blanche !

Ne m’appelez pas Jim Hawkins… Appelez-moi Ishmael !



La sodomie est l’acte sublime par excellence car il vient bousculer les trois monothéismes qui ont sacralisé l’acte sexuel et en ont fait une téléologie en vue de la procréation.

La sodomie incarne la « surprise », un phénomène violent à la dérobée.

Il faut prendre le lecteur par derrière et la lui mettre bien profond.


Friday, 1 April 2011

L’empire des sens

Depuis l’antiquité grecque jusqu’à Georges Bataille, Eros et Thanatos, le sexe et la mort, sont intimement liés.
D’ailleurs, n’appelle-t-on pas l’orgasme la ‘petite mort’ ? La mort, comme le sexe, est une sublimation de notre condition de mortels.

Un film en particulier a su retranscrire, avec une troublante fidélité, les ébats de ce couple fatal, L’empire des sens. Le titre japonais est Ai no corrida, textuellement, la corrida de l’amour. La métaphore est juste puisque c’est à un véritable combat, qui s’achèvera par la mise à mort de l’un d’entre eux, auquel se livre les deux amants, Sada Abe, une ancienne geisha et Kichizo qui, dans ces ‘amours de fauves’ y perdra la tête… et la bite !

Ce film japonais, de Nahisa Oshima, sorti en 1976, resta pendant longtemps interdit dans certains pays puisque le sexe n’y est pas simulé. Les personnages ne jouent pas à faire l’amour. Ils font l’amour. Alors que pour les gens en général, ils ne baisent pas, ils ‘jouent à baiser’.

Inspiré d’un fait divers authentique qui se déroula au Japon en le 18 mai 1936 et où une femme coupa le pénis de son amant et se trimballa avec dans  les rues d’Ogu, le film montre comment deux personnes font fi des conventions sociales pour aller jusqu’au bout de leur logique qui est, non pas sexuelle (le sexe n’est que le moyen) mais métaphysique.

Selon Saint-Augustin, l’on ne peut pas faire confiance à nos sens. Dans le film d’Oshima, au contraire, ce sont les sens qui deviennent l’horizon de l’être. Le voile de cette illusion qu’est la réalité est levé et le couple va au-delà du principe du plaisir. Hesse l’avait déjà bien illustré dans Narziss und Goldmund où ce dernier en voyant la douleur sur le visage d’une mère qui met au monde un enfant fait le parallèle avec le plaisir qu’éprouve la femme au moment où elle jouit. Ce qu’Oshima a essayé de rendre compte dans le film, c’est que douleur et plaisir se réduisent tous deux à des sensations physiologiques, et celles-ci nous révèlent l’existence. Le film décrit un monde où l’empire des mots s’évanouit (leurs dialogues sont presque inexistants laissant place à un silence angoissant), et où l’emprise du langage expire, ce qui est aussi le corollaire à la disparition de toutes normes, quelles qu’elles soient… la fission du mot est aussi puissante et dévastatrice que la fission de l’atome (au japon cette comparaison est d’autant plus prégnante): les deux amènent à rien de moins qu’à la destruction de la réalité !

Les protagonistes ne vivent pas dans un monde chrétien où les idées platoniciennes règnent ; ils sont conscients qu’ils ont été Geworfenheit, comme dit Heidegger, « projetés » dans ce monde… un monde où il n’existe pas de vérités et de morales universelles, mais où la vérité est aletheia… « dévoilement » de notre être. Aujourd’hui, contrairement à l’époque de Freud, ce n’est plus la sexualité qui est refoulée, mais la « volonté de puissance »… Celle-ci est libérée par la fission du verbe, verbe qui se fait chair… en somme, c’est un peu un mélange entre l’évangile de Jean, et le livre de l’Apocalypse. On peut ainsi dire que le film décrit un microcosme post-apocalyptique et postmoderne… Post-apocalyptique car les protagonistes vivent dans un monde, leur monde, où toute norme est morte, et postmoderne car pour eux, les grands récits ont pris fin !

Il y a une vie après le sexe. Cela s’appelle la folie.

MK Sabir

Et si… l’homme n’avait jamais marché sur la lune ?

Et si… l’homme n’avait jamais marché sur la lune ?


Autant il est aisé d’imaginer les répercussions sur notre vie de tel ou tel événement, il est plus difficile de deviner les conséquences du fait que l’homme ait marché sur la lune sur notre quotidien…

Mais d’abord, l’homme a-t-il vraiment marché sur la lune ?
N’est-ce pas plutôt Kubrick qui aurait filmé toute la scène pour remercier la NASA de lui avoir prêté l’équipement nécessaire au tournage de son film 2001, l’odyssée de l’espace ?

Eh puis, n’est-ce pas troublant que le drapeau américain semble flotter sur cette célèbre photo… alors qu’il n’y a pas de vent sur la lune ?

La NASA elle-même avoue avoir « retouché » certaines images pour des besoins esthétiques ! Si elle est capable de cela, pourquoi ne pousserait-elle pas le zèle encore plus loin et aurait carrément monté ce canular ?

N’oublions pas aussi que Neill Armstrong n’a jamais donné d’interview au retour d’Apollo 11.

Ce qui serait inquiétant, ce ne serait pas de ne pas se poser de telles questions, mais au contraire, ce serait d’accepter la version que nous proposent les grands médias et les grandes puissances pour argent comptant !

Mais mon opinion personnelle (eh oui ! j’ose la donner !) c’est que les américains soient bien allés sur la lune mais qu’à cause de problèmes techniques ils n’aient réussi à filmer cet événement historique et qu’en conséquence la NASA ait décidé de retourner toutes la scène en studios… peut-être ceux de Pinewood !

Donc, partons du postulat que l’homme ait bien mis le pied sur la lune… et alors ? La lune a toujours inspiré les poètes, les romantiques et les amoureux, un drapeau planté sur son sol n’y change rien sinon peut-être la rend moins belle !

Mais la course à l’espace, tout comme la course à l’armement (les deux étant une quête de volonté de puissance) contribuent à la recherche scientifique, au développement de nouvelles énergies… mais surtout, elle nous permet de rêver !

On raconte qu’Alexandre le grand se lamentait qu’il n’y ait pas d’autres mondes afin qu’il puisse y étendre ses conquêtes… L’homme a un besoin irrépressible d’aller voir ailleurs… quel que soit le prix à payer. Il est allé sur terre, sur les mers, sous les mers, et maintenant c’est l’espace. Quand bien même il aurait tout à perdre, il ne pourra réfréner ses élans d’espace !

Sa prochaine destination : Jupiter et au-delà de l’infini ! 
  
MK Sabir

Des Ruminants (petit ode à la femme)

Des Ruminants
(petit ode à la femme)


Le 8 mars le pays a fêté la journée internationale de la femme… et ces mots de Schopenhauer viennent frapper à la porte de mon esprit : la femme est un animal aux cheveux longs et aux idées courtes.

Existe-t-il des femmes qui soient à la fois belles et intelligentes ?2
Assurément ! Puisqu’il existe bien des femmes moches et connes !

Les femmes veulent à la fois le beurre (influencées sans doute par un Dernier Tango à Paris) et l’argent du beurre ; réclamant les mêmes droits et acquis sociaux que les hommes, elles veulent toutefois que ces derniers fassent preuve de galanterie à leur égard ! En somme, l’égalité, oui ! mais teintée de fin amors !

Elles demandent bec et ongles le même salaire, les mêmes privilèges, mais tout en n’étant pas prêtes de se départir de tous ces petits avantages liés au deuxième sexe, tels les congés maternité, les petites attentions des hommes, se faire ouvrir la porte, qu’on leur cède nos places dans le bus, etc., et se plaisent et se complaisent dans ce mal qu’est le bovarysme.

L’argument souvent avancé par la gente féminine est qu’elle est lésée parce que la société dans laquelle on vit et dans laquelle on a toujours vécu est matriarcale ; cependant, il semble qu’elle s’en soit bien accommodée !

Alors, pourquoi de telles revendications ?
Il faut se tourner vers la théorie économique de l’offre et de la demande. Avec l’émergence de la société capitaliste, ce n’est plus la demande qui crée l’offre mais le contraire ; on désire une chose car elle est disponible, plus exactement car « On » (au sens heideggérien de das man) en parle !
Ainsi, un jour sont arrivées quelques femmes frigides et complexées, comme « le castor », et elles ont avancé des idées aussi saugrenues que « l’égalité » (poilant comme notion !) ou ont jeté des phrases péremptoires telles que : « on ne naît pas femme, on le devient », phrase qui n’est en fin de compte qu’un atavisme sartrien.

Quiconque sera familier avec la philosophie nietzschéenne saura que l’égalité n’est qu’un effet secondaire du christianisme et a gangrené toutes les sociétés pour laisser place à une « morale d’esclave » qui a fini par supplanter la « morale des maîtres » qui dominait alors et qui avait permis l’émergence des sociétés athénienne et romaine !

Donc, puisque ces théories féministes existaient, les femmes se sont dites : « Bon sang ! Mais c’est bien sûr ! »
La théorie est là et « On » veut que la pratique la rejoigne, tout comme Edmund Hillary de répondre quand on lui demandait pourquoi il voulait gravir l’Everest : « Parce qu’il est là ! »

Que disait François 1er déjà ? Ah oui ! Souvent femme varie, bien fou celui qui s’y fie.

Baudelaire à Maurice

C’est marrant quand même ! Il a suffit que Baudelaire passe à peine trois petits mois à Maurice, qu’il vide quelques bouteilles de rhums locaux, qu’il se tape quelques ‘dames créoles’ pour qu’aussitôt, comme par l’opération du Saint-Esprit, il soit devenu Mauricien à part entière.

Sommes-nous tellement en manque de grands esprits pour qu’on doive en importer de l’étranger ?
Euh… oui ! nous le sommes.

Baudelaire fait partie de ces grands noms qui ont fait escale sur notre belle île esclavagiste ; il y eut aussi, entre autres, Conrad, Darwin, Bougainville ou Sarkozy (cherchez l’erreur). Sans Maurice, il y aurait-il quand même eu Les fleurs du mal, Cœur des ténèbres ou De l’origine des espèces ? Sans doute pas, en tout cas, pas dans la forme dans laquelle on les connaît. Non pas parce que Maurice a eu une si grande influence sur ces hommes, mais tout simplement à cause du phénomène d’attracteurs étranges et que toute personne qui aura vu Jurassic Park connaît sous le nom de théorie du chaos (mais si ! Rappelez-vous, quand le personnage interprété par Jeff Goldblum tente de séduire Laura Dern en lui prenant la main et lui expliquant comment la goutte d’eau sur la paume de sa main suivra à chaque fois une direction différente).

Mais, et c’est paradoxal (ou tout simplement stupide), Maurice, qui se glorifie d’avoir accueilli (pour ne pas dire « recueilli ») le célèbre dandy, n’a pourtant rien fait pour célébrer sa gloire. La maison où il a vécu est une vielle bâtisse délabrée alors qu’elle aurait pu être reconvertie en musée comme c’est le cas souvent à l’étranger où une plaque dit : « ici a vécu Beethoven entre telle date et telle date » ou, par exemple dans le Sud de la France à Eze-sur-mer, une plaque indiquant un chantier qu’avait l’habitude d’emprunter Nietzsche pour ses balades.

Notre pays ne sait pas capitaliser sur ses atouts culturels et préfère au contraire mettre en avant certaines commémorations qui ne peuvent qu’exacerber les luttes communautaires, alors que Baudelaire, lui, appartient au patrimoine mondial de l’humanité.

Comme tous les grands hommes, il s’est affranchi de sa patrie d’origine, ses vers n’ont aucune connotation nationale, ses valeurs ne sont pas ancrées dans une époque, et sa vision est intemporelle et transcende les frontières. Qui donc, mieux que lui, aurait été à même d’appartenir autant à notre pays qu’à la France ?

Mais ce sont les bustes d’esclavagistes qui trônent un peu partout dans le pays. Ce sont les grands maîtres religieux que l’on célèbre tout au long de l’année, c’est des noms de politiciens dont on baptise divers instituts à travers le pays.

Ce qui est vraiment insupportable c’est le révisionnisme auquel se prêtent certains Mauriciens en donnant une interprétation des Fleurs du mal qui aillent dans le sens d’un patriotisme que Baudelaire méprisait. Certains soi-disant écrivains mauriciens pensent en effet que Baudelaire s’est directement inspiré de notre île pour certains vers ; si on peut en effet le supputer à la lecture de, par exemple Une vie antérieure, le soutenir comme un fait comme si Baudelaire avait écrit noir sur blanc en bas du poème : « écrit sous l’influence de Maurice », reflète une mauvaise foi intellectuelle flagrante.

On peut tout faire dire aux morts puisqu’ils ne sont plus là pour contester.

Les poètes ne sont pas faits pour être commémorés, récupérés aux profits de causes nationales ou chantés dans les écoles tels des mantras. Les poètes sont faits pour être lus. Ils sont les intermédiaires entre les Dieux et les hommes.

Dans la tête du poète, rien n’est luxe, calme et volupté. Tout y est crasse, bruyant et saleté.


MK Sabir

On ne refait pas l’histoire !

Les Européens ont conquis l’Amérique et procédé au génocide des peuples qui s’y trouvaient.
On sait aujourd’hui que tout cela n’était pas très « chrétien » !
Les Européens, toujours eux, ont conquis l’Australie et procédé au génocide du peuple qui s’y trouvait.
On sait aussi, aujourd’hui, que tout cela n’était pas très « chrétien » !

Les Juifs (fallait quand même en parler !) ont conquis la Palestine après la Seconde Guerre et procédé soit à l’apartheid, soit à l’expulsion du peuple qui s’y trouvait.
On sait aujourd’hui (mais tout le monde le sait-il vraiment ?) que tout cela n’était pas très…

Comment remédier aux erreurs (si l’on veut être morale) ou aux aléas (si on ose l’amoralité) de l’histoire ?
 
C’était le douloureux problème auquel est soumis le gouvernement britannique vis-à-vis de la question des Chagos et du sort qui doit être réservé à sa population qui, manu militari, au nom de la Realpolitik, s’est vu forcer, en 1971, par le gouvernement britannique, de s’exiler soit aux Seychelles, soit à Maurice.

Certains, à l’instar de Gillian Merron, plaident pour le retour des Chagossiens à leur terre natale. D’autres, et ils sont les plus nombreux, avancent l’argument néo-colonialiste qui veut que l’on ne « refasse » pas l’histoire.

En effet, pour les Britanniques, les Chagos constituent leur pré carré, au sein du « territoire britannique de l’Océan Indien » ; cette dernière appellation constitue un véritable anachronisme !
Non content d’avoir bradé l’île de Diego Garcia aux américains afin de pouvoir leur acheter au rabais des missiles Polaris, ils prennent aussi en otage toute une population pour des raisons géostratégiques !

Ont-ils donc oublié le principe d’autodétermination qui se trouve au sein de la Charte des Nations Unies de 1945?  Que font-ils donc du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?
Ont-ils oublié que l’Angleterre elle-même fut occupée par les Romains (relisez Cœur des ténèbres de Conrad) et qu’ils ont sué sang et eau pour empêcher une possible invasion de Napoléon ?

Mais la mémoire des peuples, comme celle des individus, est sélective. Et la mémoire est bien la seule chose, et la dernière, qui reste aux Chagossiens qui doivent se contenter de fleurir des tombes. 18 d’entre eux étaient partis rendre hommage à leurs aïeux enterrés sur l’île. Et ils s’en retournent aujourd’hui avec les fantômes de leurs rêves meurtris.

Si seulement, à Waterloo, Grouchy n’avait pas bouffé de ces foutues fraises !

Mais on ne refait pas l’histoire.


MK Sabir

MULTIPLIEZ-VOUS !

Quand on avait demandé à Saint Augustin ce que Dieu faisait avant de créer le monde, il avait répondu : « il préparait les punitions et tortures à faire subir à ceux qui se poseraient de telles questions » !
Si on demande aux parents ce que faisaient leurs enfants avant de naître, beaucoup pourraient sans doute répondre : ils élaborent les supplices à nous faire subir une fois qu’ils viendront au monde !

On peut alors se demander pourquoi, sachant tous les soucis qui les attendent, certains couples veulent quand même avoir des enfants ; afin de laisser quelque chose après leur mort, puisque tous ne sont pas artistes et qu’ils ne laisseront pas de livres, de symphonies ou de peintures pour les rendre immortels ?
Supputons aussi que ce désir d’enfants peut provenir du fait qu’ils veulent avoir quelqu’un pour s’occuper d’eux lors de leurs vieux jours.
Enfin, thèse la plus téméraire mais en même temps la plus réaliste : un enfant, ça sert à se divertir, au même titre qu’une PlayStation 3 !

C’est là que l’on voit qu’en dépit de 40,000 ans d’évolution, l’homme est demeuré un animal dont le seul dessein est la pérennisation de la race. Toutes ses forces sont dirigées vers ce seul et unique but, de la recherche d’une compagne ou d’un compagnon qui réunirait les caractéristiques nécessaires pour supporter l’éducation de l’enfant, à l’invention de l’amour qui n’est, comme tout bon biologiste le sait, qu’une stratégie de l’instinct. 

Se multiplier, c’est se diviser.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, on a compté 18 naissances dans les hôpitaux de l’île… je soupçonne certains parents de s’être démenés comme de beaux diables afin de concevoir leur enfant à la date nécessaire pour que celui-ci « éclose » lors de la nuit de la Saint Sylvestre.

En tout cas, au regard de ce que traverse le monde en général, et Maurice en particulier, on peut bien plaindre les nouveau-nés. Et le premier motif pour les plaindre, c’est à cause des noms à la con dont leurs parents vont les affubler ; on peut penser qu’ils vont leur donner le nom des derniers personnages à la mode des séries télévisées ou alors des joueurs de football qui sont tendance ! Hélas, peu sans doute penseront à des noms de grands écrivains et il serait étonnant que l’un des ces dix-huit enfants s’appellera par exemple « Dante » ! On pourrait plutôt s’attendre à des noms comme « Gabi » ou « Bree », des noms des personnages de la série (série qui, par ailleurs, est excellemment écrite et réalisée) américaine Desperate Housewives ; certains pourraient même se laisser aller à baptiser leurs rejetons de « Bauer », de « Jack Bauer », cet agent de la cellule antiterroriste de 24 heures chrono qui n’hésite pas à torturer les méchants suspects pour les faire avouer, et on pourrait même voir surgir sur les actes de naissances un « Cristiano », d’après ‘Cristiano Ronaldo’, l’attaquant du Real Madrid vers lequel il a été transféré pour la somme de 94 millions d’euros.

Donc, voilà dix-huit bouches de plus à nourrir, qui devront, dans les décennies qui viennent, se taper des crises financières, des pandémies de tout genre, gérer les problèmes avec leurs parents, puis dans leurs couples, supporter le prochain film de Luc Besson, entendre les discours impérialistes et hypocrites des prochains présidents américains, écouter les arguments fallacieux des écologistes qui nous prédisent la fin du monde si nous ne cessons pas tout de suite de prendre des douches, et enfin, endurer la sortie du High School Musical 17 en 2020…

Mais tout n’est peut-être pas perdu… les Mayas nous ont prévu la fin du monde pour décembre 2012.

MK Sabir

Je t’emmerde !

L'autre jour, en allant à la banque pour effectuer un retrait d'argent, la personne au guichet s'est permis de me tutoyer!
Je crus d'abord que sa langue avait flanché, mettant cela sur sa mauvaise maîtrise du français, mais elle persistait dans ce tutoiement plébéien à la soviétique!
Une fois qu'elle m'avait remis mes billets, je lui fis la remarque; et elle eut l'outrecuidance de me répondre: « Mais c'est parce que notre banque (dont je tairais le nom, mais qui est constitué de quatre sigles, le premier renvoyant à une ville en Asie) se veut amicale avec les clients! »

Il va de soi que si j'y étais allé en costard cravate, elle m'aurait donné du « vous » et du « monsieur »! Mais à Maurice, sévit dans les sphères bureaucratiques une discrimination envers certaines classes sociales. On se permet de prendre de haut des personnes que l'on considère inférieures à soi, soit en raison de leur position, de la langue qu'elles parlent ou à cause de leur manière de se vêtir, tout en attendant de cette même personne qu'elle vous considère avec diligence et respect!

Et ce genre de personnes, qui osent péter plus haut que leurs culs, doit être remis à sa place.
Mais peu de Mauriciens osent bousculer l'ordre établi; ils préfèrent se complaire dans une certaine hiérarchie, par peur du qu'en dira-t-on... et sans doute, aussi, se considérant eux-mêmes comme inférieurs à leurs interlocuteurs.

Considéré sous l'ancien régime comme grossier, le tutoiement fut rendu obligatoire par un décret des révolutionnaires afin d'encourager une pratique égalitaire, illustrant le lien universel entre tous les êtres.

Mais, non seulement l'égalité est-elle une superstition, voire une supercherie, mais en plus, le but premier qui était de combattre la discrimination a complètement était dénaturé!
En effet, le vouvoiement demeurant, le tutoiement est, au contraire, devenu un moyen de rabaisser l'interlocuteur.
Si le vouvoiement n'avait plus cours, alors, oui, le tutoiement universel serait un outil de nivellement (quand bien même tout nivellement est synonyme de société totalitaire); toutefois, aujourd'hui, le « tu » est utilisé dans certaines professions, notamment dans la fonction publique, afin d'inférioriser l'autre, tel que pratiqué par exemple par les policiers ou toute autre personne occupant une position de pouvoir.

De plus, la distinction « Tu-Vous » permet de promouvoir une certaine intimité et de mettre une distance avec les autres. Une telle distinction encourage donc le locuteur à faire un choix, non seulement linguistique, mais aussi sentimental.
Ainsi, elle est synonyme de liberté!

Alors, lecteurs, vous qui êtes avides de justice, vous qui êtes révoltés par le comportement néo-colonialiste de tous ceux qui vous prennent de haut, n'hésitez pas, n'hésitez plus! Dès que l'on vous tutoiera, répondez: « Je t'emmerde »...

Pardon! Je voulais dire: « Je VOUS emmerde! »


MK Sabir